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La place Anatole-France écrit son futur !

La place Anatole France écrit son futur ! Longtemps silencieux, le bâtiment du marché Anatole semblait figé dans le temps, témoin immobile des allées et venues d’hier. Aujourd’hui, son démantèlement ouvre une page nouvelle : une place publique végétalisée, où chaque pierre et chaque arbre dialoguent avec le passé et annoncent le futur.

Longtemps silencieux, le bâtiment du marché Anatole-France semblait figé dans le temps, témoin immobile des allées et venues d’hier. Aujourd’hui, son démantèlement ouvre une page nouvelle : une place publique végétalisée, où chaque pierre et chaque arbre dialoguent avec le passé et annoncent le futur. Entretien avec Cédric Bigot, du bureau d’études AECI, et Marion Catoire, paysagiste de l’agence LARBRACAM, qui orchestrent cette renaissance, transfor­mant le lieu en un espace où le temps suspend son pas, où chaque regard et chaque souffle deviennent témoins de la poésie urbaine en marche…

 

Vigneux le Magazine (Vlm): La silhouette du marché a disparu, mais son ombre per­siste dans la mémoire des habitants. Comment imaginer le renouvellement de cet espace chargé d’histoire ?

Cédric Bigot (CB) : La place, organisée autour des commerces de proximité (opticien, pharmacie, boulangerie, restaurant, primeur) et des services publics (mairie de quartier, Poste), conserve l’empreinte de l’ancienne Halle, aujourd’hui démolie, dans sa géométrie et la convergence des voiries. En concertation avec la Ville et sur la base d’une enquête auprès des rive­rains, ma consoeur paysagiste et moi avons choisi de res­pecter cette géométrie, en profitant de la perspective of­ferte par la démolition. Toutefois, la présence des lignes de bus, leurs girations importantes et les réseaux souterrains, certains récemment remplacés, imposent des contraintes techniques et réglementaires incontournables. La réfection de la place devient ainsi une équation complexe entre tech­nique, réglementation et attentes des habitants et com­merçants.

Vlm : Entre la nostalgie des étals disparus et les besoins d’un territoire tourné vers demain, comment tresser mémoire et modernité dans l’aménagement ?

CB : Les usages d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui, et les contraintes réglementaires, notamment autour des ré­seaux enterrés et de la loi LOM (loi d’orientation sur les mo­bilités), encadrent déplacements, circulation et aménage­ment des espaces publics pour favoriser les mobilités durables. Nous proposons donc des scénarios d’aménage­ment, en concertation avec riverains, commerçants et ser­vices municipaux. Dans cet espace restreint, il faut concilier usages, besoins et contraintes techniques. Le projet a évo­lué au fil des échanges avec les commerçants, avec des arbitrages nécessaires mais toujours guidés par la re­cherche de solutions. Conserver la géométrie du lieu tout en réinventant ses espaces permet de préserver son identité, de valoriser l’espace et de le rendre plus apaisé.

 

Vlm : Comment faire respirer la place tout en la rendant vivante, ombragée et accueillante, au service des habitants et des commerces alentours ?

CB : La place se transforme en un espace ouvert et végétalisé, loin d’un simple parking ! Le projet libère un volume autre­fois dense pour offrir une perspective sur l’îlot central, où le végétal devient l’âme du lieu : sept arbres y seront plantés, accompagnés de massifs de végétation basse dès que les contraintes techniques le permettront. Les stationnements en pavés béton végétalisés favorisent l’infiltration des eaux de pluie, tandis que l’espace central, apaisé et harmonieux, fait du végétal la signature de la place, conciliant usages pratiques et moments de détente.

Vlm : Comment le mobilier urbain peut-il accueillir rencontres, repos et temps forts de la vie locale ?

CB : La place Anatole France n’est pas figée : son îlot central peut accueillir le stationnement pour soutenir les com­merces ou, selon les occasions, se transformer en espace de manifestations, d’échanges et de rencontres, animant ainsi la vie du quartier. De nouveaux candélabres LED se­ront installés autour de la voie, apportant confort, sécurité et lumière chaleureuse, et participant pleinement au renou­veau et à l’atmosphère conviviale de la place.

Vlm : Le flux de circulation se lit comme une partition : piétons, vélos et voitures doivent coexister en harmonie. Quelles intuitions ont guidé votre orchestration pour concilier flui­dité et sécurité ?

CB : Chaque projet de réaménagement est une équation à mul­tiples inconnues. Avec ma consoeur, nous avons arpenté les lieux et observé leur fonctionnement, pour définir les grandes lignes du projet selon une grille multicritères :

  • Maintenir l’îlot central en réduisant son emprise si possible ;
  • Redimensionner la chaussée pour fluidifier la circulation et garantir la sécurité ;
  • Conserver du stationnement pour dynamiser les com­merces ;
  • Adapter les trottoirs aux normes pour un déplacement pié­ton sûr et agréable ;
  • Végétaliser l’îlot central et créer un espace de rencontre flexible ;
  • Revoir signalisation et marquages pour la sécurité de tous ;
  • Tenir compte des contraintes de trafic et de giration.

Au final, le projet vise la continuité et l’évolution du lieu : inté­grer le végétal, réduire l’imperméabilisation et offrir confort et sécurité aux riverains et usagers.

Toute transformation apporte son lot d’épreuves invisibles.

Vlm : Dans la réhabilitation de cette place autrefois dédiée au marché, quels défis majeurs avez-vous rencontrés ? Tech­niques, patrimoniaux ou sociaux, quels obstacles ont mar­qué votre travail ?

CB : Chaque projet comporte ses contraintes. Nous avons adapté plusieurs fois notre plan aux réseaux existants, aux girations imposées par les trois lignes de bus, aux besoins de station­nement et de livraison, au nivellement et aux revêtements. La disponibilité et les échanges avec les services municipaux, riverains et commerçants sont essentiels : l’aménagement leur est destiné. On ne peut satisfaire tout le monde à 100 %, mais la concertation fait partie intégrante du processus et nous permet d’expliquer nos choix.

Vlm :  Au-delà de la pierre, du végétal et du mobilier, une place raconte toujours une émotion. Quel sentiment intime espé­rez-vous voir naître chez les Vigneusiens lorsqu’ils décou­vriront ce nouveau lieu de vie ?

CB : Le projet parfait n’existe pas, simplement parce que nous ne partons jamais d’une feuille blanche ! Nous devons nous ins­crire dans ce qui existe et existera encore après notre travail. Notre souhait est que cette place, au fil du temps, devienne un lieu où riverains et commerçants puissent se reconnaître, se rencontrer et s’approprier pleinement cet espace de vie.